15 ans après sa disparition, les gardiens du temple rétablissent la vérité sur Mamadou Dia


Par Alpha Ousmane Ndiaye

Quinze ans après la mort de Mamadou Dia, la plateforme « Appel aux patriotes, Gardiens du Temple » a tenu ce samedi une conférence de presse à Diourbel, au siège de la RADDHO, pour livrer ce qu’elle considère comme la vérité historique sur la crise politique de décembre 1962 opposant l’ancien président du Conseil au président Léopold Sédar Senghor. Les membres de la plateforme soutiennent que Mamadou Dia n’a jamais commis de coup d’État mais qu’il a plutôt été victime d’un coup d’État politique soigneusement orchestré.
Arrêté le 18 décembre 1962, Mamadou Dia fut condamné pour tentative de coup d’État en mai 1963 avant d’être libéré en 1974 puis amnistié en 1976. Il est décédé le 25 janvier 2009 à Dakar. Selon Elhadji Ndiaye Diodio, membre fondateur de la plateforme, cette rencontre visait à faire le bilan des actions menées depuis 2010 pour la réhabilitation de la mémoire et de l’œuvre de leur mentor. Il explique que les premières initiatives étaient essentiellement religieuses, notamment des lectures du Coran à l’occasion de l’anniversaire du décès, avant que le combat ne prenne une dimension historique et politique axée sur les événements du 18 décembre 1962, une date majeure dans l’histoire du Sénégal, particulièrement pour Diourbel et Khombole.
Pour les organisateurs, cette période a longtemps été entourée d’un silence volontairement entretenu, surtout auprès des jeunes générations. C’est pourquoi des commémorations et rencontres ont été organisées à Diourbel, Dakar, Khombole et Thiès afin de rétablir les faits. Avec la déclassification des archives, affirme Elhadji Ndiaye Diodio, la vérité est désormais connue et confirme que Mamadou Dia n’était pas l’auteur d’un coup d’État mais bien sa victime. Il dénonce également une omerta généralisée ayant longtemps pesé sur la personne, l’œuvre et la morale de l’homme d’État.
Les membres de la plateforme se félicitent aujourd’hui des nombreux hommages rendus à Mamadou Dia à travers le pays. À Thiès, une place et une stèle portent son nom, tandis qu’à Dakar un building administratif lui est dédié et qu’un boulevard emblématique a été rebaptisé Mamadou Dia. À Khombole, un boulevard porte également son nom et un projet de musée est en cours. À Diourbel, où il fut le premier maire, les autorités municipales ont promis de rebaptiser la place du Manège à son nom et d’y ériger une bibliothèque en son honneur.
Pour Papa Oumar Ndiaye, coordonnateur de la plateforme, Mamadou Dia occupe désormais une place grandissante dans les débats académiques et intellectuels. Il le décrit comme une figure tragique, comparable au héros de la tragédie grecque, un homme qui a tout sacrifié pour ses idéaux avant d’être trahi par ses pairs. À travers cette mobilisation, les Gardiens du Temple estiment que le temps du silence est révolu et que Mamadou Dia retrouve progressivement la place qui lui revient dans l’histoire politique du Sénégal.

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