Réforme du Code électoral : polémique autour d’une “dérive totalitaire” dénoncée par un juriste


Par ibrahima Dia

La modification des articles L29 et L30 du Code électoral continue de susciter de vives réactions dans le paysage politique sénégalais. Dans une tribune au ton particulièrement incisif, le juriste Pape Modou Cissé dénonce une réforme qu’il qualifie de « dérive totalitaire », accusant le pouvoir en place de vouloir instrumentaliser la loi à des fins politiques.

Selon lui, cette révision du cadre électoral n’a rien d’anodin. Elle s’inscrirait dans une stratégie visant à lever les obstacles juridiques à une éventuelle candidature de l’opposant Ousmane Sonko à l’élection présidentielle de 2029, malgré une condamnation judiciaire définitive. Une accusation grave, qui alimente davantage un climat politique déjà sous tension.

Le juriste pointe également une rupture avec une tradition politique sénégalaise bien établie : celle du consensus autour des réformes électorales. Depuis les années 1990, ces changements faisaient généralement l’objet de concertations entre majorité et opposition. Une pratique que cette réforme aurait, selon lui, balayée, au profit d’une logique unilatérale.

Au cœur de la critique, une remise en cause du principe fondamental de la loi : sa généralité et son impartialité. Pour Pape Modou Cissé, les débats parlementaires révèlent une norme « taillée sur mesure », construite autour d’un cas précis. Une telle approche s’apparenterait à ce que les juristes qualifient de « loi de circonstances », souvent perçue comme incompatible avec les exigences d’un État de droit.

Dans cette perspective, la réforme ne serait plus un outil d’organisation neutre de la vie démocratique, mais un instrument d’opportunité politique. Une évolution jugée préoccupante par l’auteur de la tribune, qui alerte sur les risques d’un affaiblissement des principes d’égalité devant la loi et de stabilité juridique.

Enfin, le texte soulève une question plus large, à forte portée politique et morale : celle de la priorité des actions gouvernementales. Alors que le pays reste marqué par les violences politiques survenues entre 2021 et 2024, ayant causé plusieurs dizaines de morts, le juriste déplore que l’attention soit portée sur des ajustements électoraux controversés plutôt que sur les attentes de justice et de vérité.

Au-delà des divergences politiques, ce débat relance une interrogation fondamentale : le Sénégal est-il en train de franchir une ligne rouge en matière de gouvernance démocratique ? Pour certains observateurs, cette réforme pourrait marquer un tournant. Pour d’autres, elle relève d’une évolution normale du cadre légal.

Une chose est certaine : la bataille autour du Code électoral ne fait que commencer, et elle s’annonce décisive pour l’avenir politique du pays.

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