Conflit foncier à Niakhar dans le village de Sagne Les habitants s’opposent à un projet urbain sur 555 hectares de champs


Par Mamadou N’diaye

Le collectif des villages de Sagne, commune de Niakhar, département de Fatick, a alerté la presse ce 26 avril sur un projet de pôle urbain qui absorberait 555 hectares de terres agricoles. Pour les sept localités concernées, cette emprise menace directement leur survie, l’agriculture étant leur unique source de revenus.

C’est notre grenier qu’on veut bétonner

Depuis 2020, le dossier suscite la tension. « Nous avons appris qu’un pôle urbain est prévu ici, sur 555 hectares dont l’essentiel est cultivé », explique Gilbert Waly Ndiaye, porte-parole du collectif. « Lors d’une assemblée publique, la population a rejeté le projet à l’unanimité. Ces parcelles nourrissent nos familles. En retirer 555 hectares aux paysans, c’est organiser la famine ».

La zone de Sagne est dense. « L’espace entre les villages est très réduit. Sur ces 555 hectares, 90% sont des champs, une petite partie sert au pâturage, le reste abrite des maisons. Nos cultures sont condamnées si le pôle se fait », prévient-il. « Une mauvaise saison suffit déjà à nous mettre en difficulté pour l’année. Sans ces terres, c’est une année entière sans récolte. Nous ne tiendrons pas ».

Un vote communal remis en cause

Le collectif conteste une délibération du conseil municipal favorable au projet. Une réunion convoquée par le sous-préfet avait pourtant acté l’opposition des habitants. « Il avait été convenu que le compte-rendu serait transmis au maire, au sous-préfet et aux promoteurs du pôle. Or, les conclusions ont été ignorées », regrette Gilbert Waly Ndiaye. « Nous avons débattu plus de quatre heures, de 10h à 17h. Chaque village s’est exprimé. Ne pas respecter la volonté exprimée ce jour-là est inacceptable ».

Mise en cause du maire et appel aux autorités

Les villageois pointent la responsabilité du maire, Makhousse Diop. « Aucune étude ne justifie le choix de Sagne. C’est sa seule décision, prise grâce à son influence sous l’ancien régime », accuse le collectif. « Il a sillonné la zone pour demander nos voix. Aujourd’hui, nous nous sentons trahis. Nous ne sommes pas opposés aux pôles urbains par principe, mais qu’on les installe sur des terres en friche, pas sur nos champs. Y construire des villas pour des privilégiés n’a aucun sens ».

Ils interpellent directement le président Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko. « On parle de souveraineté alimentaire et d’agriculture familiale. Comment enlever 555 hectares à des paysans dans ce contexte ? », interrogent-ils. « Le Sénégal est un pays agricole. Quand l’hivernage est bon, tout le pays respire. Quand il est mauvais, Dakar le subit aussi. Viser l’autosuffisance en mil et en riz tout en réduisant les surfaces cultivables est contradictoire. Le mil de Niakhar alimente Dakar. Sans mil, la capitale est en crise ».

Des rapports qui ne disent pas la vérité

Pour le collectif, les autorités nationales sont mal informées. « Le maire et la direction des pôles urbains transmettent des rapports erronés au président, au Premier ministre et au ministre de l’Urbanisme. Les habitants ont dit non. Nous ne proposons pas de délocaliser le projet, nous proposons de consolider l’agriculture et l’élevage ici », martèle Gilbert Waly Ndiaye.

Il rappelle les engagements passés : « Le président Diomaye Faye a soutenu les paysans de Deni Biram Ndao. Le Premier ministre Sonko a fait de l’agriculture familiale un axe central de son programme. Ils sont les mieux placés pour nous défendre. Il y a un nouveau Deni Biram à Sagne. Nous attendons leur soutien. On ne peut pas proclamer la souveraineté alimentaire et, dans le même temps, supprimer les terres qui la garantissent. Implanter un pôle ici, c’est fabriquer l’insécurité alimentaire ».

Le collectif réclame l’abandon du projet et une évaluation de la politique des pôles urbains. « S’il faut des pôles, qu’on les crée sur des terres non cultivées, dans des zones de savane inoccupées. Mais pas sur les champs que les paysans travaillent. Aucune logique économique ne tient

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